Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 juillet 2014 1 14 /07 /juillet /2014 20:14

C'est un honneur pour moi de retranscrire les poèmes de mon grand amour Victor HUGO; Cette âme lumineuse détient le Savoir et la Connaissance.

Soirée en mer.

 

Près du pêcheur qui ruisselle, ******* Quand tous deux, au jour baissant,

Nous errons dans la nacelle, ******* Laissant chanter l'homme frêle

Et gémir le flot puissant ; ******* Sous l'abri que font les voiles

Lorsque nous nous asseyons, ******* Dans cette ombre où tu te voiles

Quand ton regard aux étoiles ******* Semble cueillir des rayons ;

Quand tous deux nous croyons lire ******* Ce que la nature écrit,

Réponds, ô toi que j'admire, ******* D'où vient que mon cœur soupire ? 

D'où vient que ton front sourit ?

Dis ? d'où vient qu'à chaque lame, ******* Comme une coupe de fiel,

La pensée emplit mon âme ? ******* C'est que moi je vois la rame

Tandis que tu vois le ciel ! ******* C'est que je vois les flots sombres,

Toi, les astres enchantés ! ******* C'est que, perdu dans leurs nombres,

Hélas, je compte les ombres ******* Quand tu comptes les clartés !

Chacun, c'est la loi suprême, ******* Rame, hélas ! jusqu'à la fin.

Pas d'homme, ô fatal problème ! ******* Qui ne laboure ou ne sème

Sur quelque chose de vain ! ******* L'homme est sur un flot qui gronde.

L'ouragan tord son manteau. ******* Il rame en la nuit profonde,

Et l'espoir s'en va dans l'onde ******* Par les fentes du bateau.

Sa voile que le vent troue ******* Se déchire à tout moment,

De sa route l'eau se joue, ******* Les obstacles sur sa proue

Écument incessamment ! ******* Hélas ! hélas ! tout travaille

 

Sous tes yeux, ô Jéhovah !

De Je cherche s'il faut croire.

Et toi ? — Je vais à la gloire. Et toi ?

— Je vais à l'amour.

 

Vous allez tous à la tombe !

Vous allez à l'inconnu ! ******* Aigle, vautour, ou colombe,

Vous allez où tout retombe ******* Et d'où rien n'est revenu !

Vous allez où vont encore ******* Ceux qui font le plus de bruit !

Où va la fleur qu'avril dore ! ******* Vous allez où va l'aurore !

Vous allez où va la nuit ! À quoi bon toutes ces peines ?

Pourquoi tant de soins jaloux ? ******* Buvez l'onde des fontaines,

Secouez le gland des chênes, ******* Aimez, et rendormez-vous !

Lorsque ainsi que des abeilles ******* On a travaillé toujours ;

Qu'on a rêvé des merveilles ; ******* Lorsqu'on a sur bien des veilles

Amoncelé bien des jours ; ******* Sur votre plus belle rose,

Sur votre lys le plus beau, ******* Savez-vous ce qui se pose ?

C'est l'oubli pour toute chose, ******* Pour tout homme le tombeau !

Car le Seigneur nous retire ******* Les fruits à peine cueillis.

Il dit : Échoue ! au navire. ******* Il dit à la flamme : Expire !

Il dit à la fleur : Pâlis ! ******* Il dit au guerrier qui fonde :

— Je garde le dernier mot. ******* Monte, monte, ô roi du monde !

La chute la plus profonde ******* Pend au sommet le plus haut.

— Il a dit à la mortelle : ******* — Vite ! éblouis ton amant.

Avant de mourir sois belle. ******* Sois un instant étincelle,

Puis cendre éternellement ! ******* — Cet ordre auquel tu t'opposes

T'enveloppe et t'engloutit. ******* Mortel, plains-toi, si tu l'oses,

Au Dieu qui fit ces deux choses, ******* Le ciel grand, l'homme petit !

Chacun, qu'il doute ou qu'il nie, ******* Lutte en frayant son chemin ;

Et l'éternelle harmonie ******* Pèse comme une ironie

Sur tout ce tumulte humain ! ******* Tous ces faux biens qu'on envie

Passent comme un soir de mai. ******* Vers l'ombre, hélas ! tout dévie.

Que reste-t-il de la vie, ******* Excepté d'avoir aimé !

———— Ainsi je courbe ma tête ******* Quand tu redresses ton front.

Ainsi, sur l'onde inquiète, ******* J'écoute, sombre poète,

Ce que les flots me diront. ******* Ainsi, pour qu'on me réponde,

J'interroge avec effroi ; ******* Et dans ce gouffre où je sonde

La fange se mêle à l'onde… — ******* Oh ! ne fais pas comme moi !

Que sur la vague troublée ******* J'abaisse un sourcil hagard ;

Mais toi, belle âme voilée, ******* Vers l'espérance étoilée

Lève un tranquille regard ! ******* Tu fais bien.

Vois les cieux luire. ******* Vois les astres s'y mirer.

Un instinct là-haut t'attire.

Tu regardes Dieu sourire ; ******* Moi, je vois l'homme pleurer !

 

Le 9 septembre 1836. Victor Hugo.

Partager cet article

Repost 0

commentaires